Rennes. Ils auraient détourné des millions grâce à de faux claviers

  • Un skimmer, en cours d’installation sur un distributeur automatique de billet.

Trois hommes comparaissent à Rennes pour avoir posé de faux claviers sur les distributeurs automatiques dans les stations essence en France. Des millions d’euros ont été volés. Distributeurs piratés : la filière bulgare jugée.

Tous se disent chefs d’entreprise en quête d’une bonne affaire en France. Les trois hommes, âgés de 46 à 51 ans, cherchaient, disent-ils, des voitures, des maisons, des matériaux et même des nains de jardin ! Des explications qui peinent à convaincre le président de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Rennes qui les jugent pour escroquerie.

De Louvigné-du-Désert…

L’affaire commence par une plainte à Louvigné-du-Désert, près de Fougères, le 9 septembre 2007. Un homme dénonce un retrait de 193 € effectué en Afrique du Sud. Il n’y est jamais allé. La compagnie de Fougères reçoit des dizaines de plaignants. Ils ont tous ont un point commun : ils ont fait le plein ces derniers jours à la station essence de la grande surface de la commune.

Un peu plus tard, c’est la brigade de Loudéac qui est submergée de plaintes. Les victimes ont aussi rempli leur réservoir à la même station. Les gendarmes découvrent un skimmer, installé sur les distributeurs automatiques. Le dispositif, composé d’un faux clavier plus vrai que nature, permet de capter les pistes numériques des cartes bancaires. Il suffit ensuite d’encoder des cartes vierges avec ces pistes.

…à Johannesburg

Le choix de Johannesburg ou de Pretoria n’est pas un hasard. Dans ce pays, les cartes n’ont pas besoin d’avoir de puce pour fonctionner au distributeur de billets. En Grèce, où certains retraits ont lieu, non plus. Au total, on dénombre 5 400 victimes sur toute la France pour des millions d’euros de préjudice.

Le skimmer n’est pas un produit bricolé. Il est industriel. Les gendarmes ont affaire à une bande organisée internationale. Europol les dirige vers Copenhague où une escroquerie identique a été mise à jour. Des Bulgares ont été interpellés début 2007. C’est ainsi que, courant 2008 et 2009, quatre personnes sont arrêtées, en France et en Bulgarie.

Les prévenus nient les faits

Sur les quatre hommes poursuivis, trois seulement se sont rendus devant les juges rennais. Tous nient leur participation malgré des charges. Une carte routière a été retrouvée chez un suspect à Sofia en Bulgarie. Des bourgades y sont annotées sur la France entière. Et dans toutes ces communes, des stations-service ont été piratées. Son propriétaire, déjà condamné au Danemark, conteste. « Je venais repérer des garages pour acheter des voitures », bougonne-t-il sans conviction.

On trouve le même suspect en compagnie d’un prévenu dans les rues de Johannesburg, en Afrique du Sud. Au même moment, des sommes très importantes étaient retirées en Afrique du Sud avec les cartes piratées en France, interroge le président. Une coïncidence ? » « Oui, il n’y a pas de lien. J’aime voyager, c’est tout… » Ses deux complices adoptent le même comportement.

Le procès se poursuit ce mercredi. Le jugement sera rendu dans la soirée.

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