Crypto-monnaies : une ICO, qu’est-ce que c’est ?

 

Bien que de plus en plus fréquentes, les ICO restent un concept ésotérique pour bon nombre d’entre nous. Prenons donc quelques instants pour tenter de comprendre ce phénomène et les différentes variantes de levées de fonds dans le domaine des crypto-monnaies.

Cela fait quelques mois que les autorités financières du monde entier s’intéressent au cas des ICO (Initial Coin Offering). Un engouement soudain qui fait suite à une explosion du nombre de ces levées de fonds en crypto-monnaie.

Bancor, Filecoin, Status, Tezos… ces noms ne vous disent probablement rien, mais il s’agit pourtant de celui d’entreprises qui sont en train de lever, ou ont déjà levé, plusieurs dizaines de millions d’euros de financement au travers d’ICO, délaissant les investisseurs traditionnels.

Si le concept de l’ICO est très clair pour ceux qui manipulent régulièrement des crypto-monnaies, il est un peu plus compliqué à appréhender pour le reste du monde. Au vu de l’importance que devrait prendre ce sujet dans les mois à venir, avec les pulsions régulatoires des autorités partout autour du monde, nous avons décidé de vous l’expliquer.

Avant d’aller plus loin, si l’univers des crypto-monnaies ne vous est pas familier du tout, nous vous invitons d’abord à jeter un œil à notre précédent article, détaillant le concept de blockchain (ou registre distribué).

Au début, était Ethereum

La première ICO notable est celle d’Ethereum en 2014. Les organisateurs, cherchaient à financer le développement d’une nouvelle blockchain, différente de celle de Bitcoin avec la mise en place des fameux Smart contracts.

Plutôt que de simplement lancer un Kickstarter ou de démarcher des investisseurs traditionnels, l’équipe derrière Ethereum a choisi de proposer à quiconque était intéressé par le projet d’échanger des bitcoins contre de l’Ether, la future crypto-monnaie liée à la blockchain d’Ethereum. En quelques semaines, plus de 18 millions de dollars étaient récoltés, avec un taux d’échange fixé à 0,4 dollar par Ether.

Dans ce contexte, il est possible de définir une ICO comme la prévente d’une nouvelle crypto-monnaie, sous la forme d’une campagne de financement participatif, en levant des fonds en crypto-monnaie. Mais cette définition ne couvre pas l’ensemble des cas possibles.

Les smart contracts et The DAO

Pour rappel, et c’est important pour la suite, un smart contract est un petit bout de code qui exécute automatiquement une tâche donnée lorsque certaines conditions prévues à l’avance sont remplies.

Pour donner un exemple très concret de leur intérêt, l’assureur Axa fait un usage simple de cette fonction avec son assurance Fizzy. Si un avion arrive avec plus de deux heures de retard à destination, l’assuré doit toucher une indemnité. Le smart contract scrute alors une base de données renseignant l’heure d’arrivée des avions, et déclenche un paiement quand un retard suffisant est constaté.

Il est toutefois possible de pousser le concept un peu plus loin avec des outils plus complexes. Ainsi est née The DAO, la première Decentralized Autonomous Organization à prendre vie sur la blockchain d’Ethereum. Il s’agit en fait d’un groupement autonome, sans réalité physique ni forme juridique, qui n’existe que par sa présence sur une blockchain.

Une DAO peut interagir avec le monde extérieur en scellant des smart contracts avec des prestataires tiers. Si une DAO veut se lancer dans la production de planches, il lui suffit de signer un contrat avec un bucheron pour acheter la matière première, un transporteur, et une scierie pour la transformer.

En trois semaines, The DAO (malgré son échec retentissant ensuite) lève ainsi environ 150 millions de dollars au travers d’une ICO d’une autre forme. Cette fois-ci, les participants ne recevaient pas de la crypto-monnaie en échange, mais un jeton, donnant droit à une voix lors des votes organisés par la DAO.

Ces jetons (standardisés) sont alors assimilables aux actions d’une entreprise et peuvent s’échanger en passant par la blockchain d’Ethereum. L’opération dans son ensemble peut quant à elle être vue comme une forme « batarde » d’introduction en bourse, sauf qu’ici les actions ne sont échangeables qu’en passant par une blockchain.

Fonds de placement et produits dérivés…

Le gendarme boursier australien a reconnu d’autres cas de figure, celui de fonds de placement ou de produits financiers dérivés, financés par le biais d’ICO. Le principe de base reste le même que celui décrit ci-dessus, à une différence près : le jeton obtenu ne donne pas nécessairement droit à une voix.

Il s’agit alors de quelque chose que l’on peut assimiler à un actif financier, à ceci près : au lieu d’être inscrit sur votre compte-titres, il se trouve quelque part sur une blockchain, et peut être échangé sur des plateformes dédiées.

La ruée vers l’or

Selon les relevés de nos confrères de CoinDesk, rien qu’au mois de septembre 2017, 537 millions de dollars ont été levés à l’occasion de plusieurs dizaines d’ICO ou encore 134 millions en août, 574 millions en juillet, et même 462 millions en juin.

Depuis le début de l’année, ce sont ainsi 2,1 milliards de dollars qui ont été récoltés, attirant la curiosité des régulateurs financiers du monde entier. Et pour cause, actuellement, peu de nations ont posé de règles claires quant à la gestion des ICO, en résulte une espèce de far-west où le très sérieux se mêle aux initiatives les plus douteuses.

Les autorités de régulation tentent aujourd’hui de prendre le train en marche et de mettre en place un cadre législatif se voulant un peu plus rassurant pour les investisseurs. En attendant, certains pays comme la Corée du Sud ont décidé d’interdire ce type d’opération sur leur territoire.

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